Cinémas (salles)

1951 Uniques en leur genre

L'escurial en 2017 (peu modifié extérieurement)
L'escurial en 2017 (peu modifié extérieurement)

"  Dans les années cinquante, il existe une grande variété de salles de cinéma. Cela tient sans aucun doute à la proportion très importante des salles indépendantes par rapport à celles dépendant des réseaux créés par Léon Gaumont et Charles Pathé (le troisième réseau, UGC, ne commencera à se constituer qu'à partir de 1971).

 

Cela confère à chaque salle sa différence que ce soit sur le plan architectural ou sur celui des conditions d'accueil du public. La configuration est parfois étonnante. Ainsi de celle de l'Escurial boulevard de Port Royal dont la cabine de projection se trouve à droite du balcon, et qui, de ce fait, projette une image dont la hauteur augmente sensiblement de la droite à la gauche.

 

Comme dans les salles de théâtre, auxquelles des salles de cinéma ont souvent succédé, les places sont proposées à des tarifs différents et il faut donc recourir à des ouvreuses pour assurer l'installation des spectateurs.

Autre particularité empruntée au théâtre, les séances ont lieu en matinée et en soirée. Deux séances par jour et même souvent une seule pour les jours de semaine dans les cinémas de quartiers.

Cinéac Montparnasse dans l'ancienne gare
Cinéac Montparnasse dans l'ancienne gare

Quelques salles font exception à cette règle, les cinémas permanents, comme le Cinéac Montparnasse où je découvre Laurel et Hardy. Au pied de l'ancienne gare, la salle accueille des voyageurs mais aussi une population marginale, voire interlope qui entre et sort tandis que des courts et moyens métrages sont projetés en continu. Rien à voir avec le cérémonial des salles de mon quartier.

 

Les salles se différencient aussi par leurs programmation dans le temps.

 

Cinéma dans un préau d'école
Dernière étape du film : le tourneur dans un préau d'école

La première exclusivité est d’abord réservée à une où deux salles parisiennes. Le film reste en première exclusivité aussi longtemps qu’il a du succès. La deuxième exclusivité, qui intervient donc de trois à dix semaines plus tard, concerne une douzaine de salles elles aussi parisiennes. Vient ensuite la «sortie générale» dans les cinémas de quartier et en province. La projection dans des salles non affectées spécifiquement au cinéma (salles des fêtes, préaux d'écoles, gymnases …) arrive enfin: elle est assurée par des «tourneurs» qui trimbalent leur matériel dans leurs automobiles (la deux chevaux Citroën, siège arrière retiré, suffit à trimbaler l'indispensable, j'ai pu le constater). Les rouleaux de pellicule sont loués à des montants dégressifs selon la catégorie du cinéma … et le prix des places en découle évidemment.

 

Du fait de cette diffusion en cascade, la carrière commerciale d'un film s'étale sur au moins trois ans (66% la première année, 23% la deuxième et 10% la troisième).

Non loin de notre domicile existe une zone particulièrement bien dotée en cinémas de quartier. Elle est constituée pour l'essentiel de l'avenue des Gobelins (5salles) depuis la place d'Italie jusqu'au croisement avec «notre» boulevard Saint-Marcel (2 salles) et avec le boulevard de Port-Royal (1 salle), chacune de ces salles ayant une capacité comprise entre 500 et 1000 places. 

Façade du théâtre des Gobelins
Façade du théâtre des Gobelins

Cela est d'autant plus surprenant que le secteur n'est pas particulièrement festif (la manufacture des Gobelins n'est pas propre à attirer un public épris de divertissement ...). De plus, les salles les plus proches au-delà sont à environ deux kilomètres, qu'il s'agisse du cinéma de la Glacière ou des petites salles du quartier latin.

Cette implantation n'est pas récente puisque deux des salles de l'avenue des Gobelins étaient initialement dédiées pour l'une au music-hall (Concert Pacra de La Fauvette) et, pour l'autre, au théâtre (théâtre devenu cinéma) des Gobelins.

 

Pas de photographie du cinéma La Fauvette en 1951 mais des photographies avant et après

Au début des années cinquante, le spectacle cinématographique n'est pas encore touché par la concurrence de la télévision. Une nouvelle salle va même bientôt être construite sous les auspices de la chaîne Pathé.

 

Cinéma Saint-Marcel Pathé
Cinéma Saint-Marcel Pathé

Le cinéma Saint Marcel, au 67-69 du boulevard éponyme, est en 1951 un bâtiment sans étage qui tranche avec l'alignement des immeubles haussmanniens. Ce bâtiment ne tardera pas à être démoli, une nouvelle salle, vaste (1100 places) et très moderne, prenant place dans le sous-sol d’un immeuble de bon standing.

Le 22 octobre 1954, mon père m’accompagnera pour l’inauguration du désormais Saint-Marcel Pathé, laquelle inauguration donne lieu à la projection d’un film en couleur, Mam'zelle Nitouche, tout juste échappé des salles d'exclusivité. Ce sera quasiment une émeute: le guichet tout en verre qui trône au milieu du hall d’entrée manquera d’être emporté par les spectateurs et, in fine, cette salle, gigantesque pour un cinéma de quartier, se remplira complètement. Peut-être même aura t'on ce jour-là refusé du monde (?).

 

Supermarché Champioh

Un engouement pour le cinéma qui ne perdurera pas. Le taux de remplissage baissera sensiblement dans les années soixante. En 1963, j'assisterai à la projection du film de Pierre Etaix «Le soupirant» dans une salle aux trois-quarts vide.

 

Les rangées de fauteuils feront bientôt place aux rayonnages d’un petit supermarché.  "

 

Textes entre guillemets extraits de l'Abécédaire d'un baby-boomer

 

Pour faire un commentaire, une suggestion, une critique, cliquez sur ce lien