Cultes

1958 Aube blanche

Photo de mon baptême

"  Ma formation cultuelle ne débute guère avant que mon âge ne s'exprime en deux chiffres. J'avais certes été baptisé mais je n'en gardais évidemment aucun souvenir et mes parrain et marraine ne se montraient pas regardants après la cérémonie. Ma mère, éduquée dans une institution de sœurs, se voulait catholique mais pas régulièrement pratiquante, se gaussant à l'occasion des «grenouilles de bénitiers».

 

Cependant, mes parents tenaient à ce que je «fasse mon catéchisme» pour ne pas me démarquer (j'avais tout de même une tante franciscaine et un cousin prêtre qui deviendrait vicaire général plus tard) et afin d'obtenir le «bagage» indispensable pour me «marier à l'église» quand l'heure serait venue, les mariages religieux constituant alors une quasi-norme sociale.

Rue Duméril  en direction du bd de l'hopital
Rue Duméril en direction du bd de l'hopital

 Je fus donc inscrit au catéchisme de l'église Saint-Médard, au pied de la rue Mouffetard. Il y avait pourtant une église Saint-Marcel beaucoup plus proche. En préparant cette chronique, je me suis interrogé sur les raisons de ce choix. J'ai d'abord pensé que le trajet pour atteindre cette église, située boulevard de l'hôpital constituait une raison suffisante, la rue Duméril face à notre immeuble accusant une forte pente et étant dépourvue de tout intérêt, nous ne l'empruntions jamais pour nos rares pérégrinations dans le treizième arrondissement.

Plan du quartier
Les églises Saint-Marcel (en haut) et Saint-Médard (en bas) par rapport à notre domicile (à gauche)

Mais la véritable raison tenait en fait à la configuration de la paroisse Saint Médard qui incluait le côté pair du boulevard Saint Marcel (côté 5ème arrondissement). En consultant les limites de cette paroisse, j'ai constaté une autre étrangeté constituée par une enclave profonde dans le 13ème arrondissement, enclave s'étendant sur le boulevard Arago et rue des Cordelières. Je n'ai pu en déterminer l'origine, seulement constater qu'elle suivait approximativement le cours de la Bièvre et la surface au sol gagnée par l'inondation de la Seine en 1910. En quoi la géographie hydrographique des lieux aurait-elle bien pu influer sur l'affectation des habitants à la paroisse Saint Médard?

Eglise Saint Médard et son jardin

 L'église Saint-Médard n'avait rien en soi pour me rebuter avec son allure un peu campagnarde et son petit jardin attenant (en fait un cimetière reconverti).

Eglise Saint Médard et alentour, Cityzeum, 1 minute 40

 

Confessionnal
A l'abbaye de Saint-Sever (Landes) en 2018 comme à l'église Saint-Médard en 1958 ...

L'exercice de la confession, qui s'imposait du fait de mon éducation religieuse, me déplaisait en revanche profondément. Avant de pénétrer dans le confessionnal, il était recommandé de consulter l'aide-mémoire affiché au mur qui permettait de compléter l'inventaire de ses vilenies et turpitudes, un aide-mémoire qui aurait du reste pu constituer un guide pratique pour les moins bien intentionnés.

Une page de questions à se poser en vue de la confession sur le site de la paroisse Saint Louis-Marie en Brocéliande

Je ne comprenais pas pourquoi le confesseur masqué derrière une trappe grillagée tenait à ce point à son incognito qu'il refusait de me communiquer sa sentence à découvert.

Au terme de ce dialogue d'aveugles, bien que régulièrement absous de mes péchés, je sortais rarement sans quelques prières à réciter en guise de punition salvatrice, souvent la même prière mais à déclamer plusieurs fois. Pourquoi une prière devenait-elle un châtiment (s'il ne s'agissait pas de l'acte de contrition) et pourquoi fallait-il importuner le destinataire en lui resservant le même discours ?

Eglise Saint Médard intérieur

Les messes, auxquelles j'avais jusqu'alors échappé, faisaient également partie du programme. J'y trouvais d'autant moins d'intérêt que le latin dominait et que le prêtre du haut de sa chaire assénait en français des préconisations et des injonctions qui s'adressaient exclusivement aux adultes. Est-ce pour ces raisons que je me découvris alors une allergie aux effluves de l'encens?

Eglise Saint Médard intérieur

Il n'était pourtant pas question d'échapper à cette cérémonie dominicale, l'organisation, prévoyante, nous ayant doté d'une carte de pointage que nous devions faire tamponner à la sacristie. Cela devenait compliqué aux beaux jours quand mes parents quittaient la capitale avec la 4CV Renault et qu'il fallait dénicher un curé prêt à tamponner. Certains n'avaient pas de tampons et d'autres s'étonnaient de cette procédure qui n'avait visiblement pas atteint les campagnes.

 

A l'école communale, j'étais un très bon élève, au catéchisme par contre je l'étais beaucoup moins car à mes questions, que j'estimais pourtant simples et légitimes, de mon âge d'alors, je n'obtenais en retour que la demande instante de croire sans broncher ces mystères et ces vérités du seul fait que leurs protagonistes (Dieu et sa progéniture) les avaient énoncés.

 

Ni les prêtres qui communiquaient la bonne parole, ni les dames patronnesses qui nous la faisaient répéter ne m'apportaient de réponses intelligibles.

La dame patronnesse, Jacques Brel, 1960, 2 minutes 20

Catéchisme Mame, 1953
Catéchisme Mame, 1953

 Compulsant un «catéchisme 1950 pour les petits» constitué de 419 questions-réponses (419 sur 119 pages en mode «par cœur» pour des gamins …), des exemples de ces interrogations inassouvies reviennent à ma mémoire comme la contradiction entre la fin du monde et le caractère éternel de Dieu, celle d'un Dieu «infiniment parfait, créateur et maître de toutes choses» qui n'a même pas le dessus sur quelques démons lors de la création de ses premiers humains. Et puis, il y a cet ange gardien qui m'a été dédié et qui n'est guère vigilant puisqu'il ne me dispense pas de commettre des péchés, certes véniels, et, en conséquence, de devoir me livrer à cette confession si peu goûtée …

Catéchisme 1950 à l'usage des "petits" (texte intégral 119 pages)

Photo (non retouchée) de l'auteur en aube blanche

 

1958 marque la fin de mon compagnonnage obligé avec l'institution ecclésiastique, une fin grandiose en l'église Saint Sulpice. Pour immortaliser l'événement, mes parents m'ont acheté une aube blanche et m'ont conduit chez le photographe dont la boutique est mitoyenne du cinéma Jeanne d'Arc.

D'autres communiants et communiantes en aubes blanches à Lignères (Cher), film amateur muet sur Ciclic, 1957, 4 minutes 40

 

60 ans plus tard, les dames patronnesses sont devenues des catéchistes et l'on parle moins de catéchisme que de catéchèse, un mode apparemment moins didactique de persuasion des jeunes brebis.

La catéchèse aujourd'hui, CFRT, 3 minutes 40

 

Sans doute, le concile Vatican II a t'il constitué une étape cruciale des changements survenus mais mon éloignement du culte après ma «libération des obligations religieuses» ne m'autorise pas à en juger. "

Chronique publiée en juin 2018

Textes entre guillemets extraits de l'Abécédaire d'un baby-boomer

 

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