Glacière

2014 Glace basse consommation

Bourbon l'Archambault
Bourbon l'Archambault

"En France, les glacières ont disparu dans les années cinquante-soixante. De leur existence ne subsistent plus que des noms de rues. Ainsi de la rue de la Glacière à Paris mais également de la rue de la Glacière à Bourbon l'Archambault où nous résidons en septembre, le temps d'une cure thermale.

 

En cherchant à photographier la forteresse de Bourbon sous un angle un peu original et qui rende compte de l’étang qui la borde, je découvre en contrebas un hangar sur le pignon duquel figure la mention GLACIERES (au pluriel). Ce bâtiment est construit en parpaings; il n'est donc pas très ancien et la mention de sa destination demeure très nette.

 

Cependant, il a à l'évidence changé d'affectation puisque sous le mot GLACIERES une autre inscription (sans doute le nom du propriétaire des glacières) a en partie disparu du fait du percement du mur pour permettre le passage de camions."

 

Hangar avec la mention GLACIERES

"La proximité du château permet d'émettre l'hypothèse que l'implantation d'une glacière à cet endroit-là (pas de ce bâtiment bien entendu) répondait à la demande des occupants du château.

Cela est d'autant plus vraisemblable que celui-ci servait sous le règne de Louis XIV, grand amateur de sorbets, à l'accueil des princesses et des princes venus là pour prendre les eaux. Madame de Montespan finit ses jours ici alors qu'elle était en cure (sans relation de cause à effet, cela va sans dire).

Je n'ai pas pu obtenir la confirmation ou l'infirmation de cette hypothèse mais, grâce à l'aide de la responsable de la médiathèque municipale, j'ai appris autre chose de très intéressant en rapport avec la période qui couvre les décennies les plus récentes."

Le casino de Bourbon devenu centre culturel
Le casino de Bourbon devenu centre culturel

Le bâtiment qui abrite aujourd'hui la médiathèque et plus largement le centre culturel a été construit en 1889 pour accueillir le casino de la station thermale. Lors de cette construction, un vaste trou cylindrique de trois mètres de diamètre et d'une profondeur d'environ six mètres a été creusé dans le sous-sol pour en faire une glacière. Celle-ci accueillait à la saison froide des tombereaux d'eau gelée de l'étang «afin de conserver jusqu'à l'été une glace si précieuse pour le rafraîchissement des boissons».

Le président de l'office de tourisme consulté a déclaré que «cette glacière avait pu servir jusqu'à la vulgarisation des «frigos modernes», soit dans les années 1930-1940 voire même un peu plus tard».

Ces informations confirment la lenteur de pénétration des techniques de réfrigération de l'expérimentation à la généralisation : on savait faire de la glace artificielle dès 1860 et, pourtant, cette glacière à l'ancienne avait été aménagée quasiment trente ans plus tard. De plus, même dans ce cas de production du froid avec une finalité commerciale, entre quarante et soixante autres années avaient été nécessaires avant que l'on abandonne la production naturelle de la glace.

Quant aux «particuliers», plus d'un siècle s'était écoulé pour que la technique pénètre leurs foyers.



Postface

En examinant la production de froid à l'aune d'une préoccupation majeure de ce 21ème siècle, le réchauffement de la planète, force est de considérer que le mode opératoire qui était encore en vigueur il n'y a pas si longtemps à Bourbon l'Archambault (sans doute ailleurs également) était exemplaire:

  • on consommait un produit (la glace) du pays,

  • les quelques centaines de mètres séparant l'étang du casino étaient parcourus par des chevaux,

  • la conservation du froid ne requerrait aucune énergie.

De là à en conclure que l'on pourrait revenir à l'ère glacière ...

Textes entre guillemets extraits de l'Abécédaire d'un baby-boomer

 

Pour faire un commentaire, une suggestion, une critique, cliquez sur ce lien