Justice

1952 Impressions et imprégnations

Marie Besnard sur la couverture d'un magazine
"Révélations sur le rapport toxicologique ..."

 

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"Marie Besnard est arrêtée le 21 juillet 1949 sur la base de ragots : selon les «impressions » de voisins, elle serait à l’origine du décès de son mari, elle l’aurait empoisonné. Le corps est inhumé : on y trouve des traces d’arsenic. « La bonne dame de Loudun » (c’est ainsi que les plus perfides la dénommeront, sans ambages les autres la qualifieront d’« empoisonneuse ») a du bien comme l’on dit alors et les bonnes âmes locales ont tôt fait d’attribuer son aisance à des héritages acquis grâce au même procédé. On exhume une douzaine d’autres corps : tous sont imprégnés de doses anormales d’arsenic."

"Il faudra plus de douze ans et trois procès pour que, ayant constaté que tous les morts du cimetière étaient imprégnés d’arsenic, on en déduise que la « bonne dame » ne pouvait être l’« empoisonneuse » de tous les résidents, que l’arsenic provenait sans doute des engrais des champs à l’entour transportés là par les eaux de ruissellement et que, malgré l’impression défavorable donnée par celle-ci, on devait convenir qu’elle n’était pas à l’origine de ces imprégnations.

Avec réserve mais constance, durant douze ans, Marie Besnard n’avait cessé d’affirmer son innocence mais sa voix douce avait été perçue doucereuse et sa discrétion considérée comme l’indice évident de ses dissimulations.

Voilà donc le gâchis humain auquel avait conduite l’action conjuguée d’une instruction incomplète, de pseudo-experts et de jurys emportés par une opinion publique aveuglée par une presse toujours prompte à maintenir l’intérêt de ses lecteurs au détriment de la sérénité de la justice."

 

"Osons le parallèle avec d’autres affaires plus près de nous dans lesquelles, les inculpés n’étant pas en mesure de faire la démonstration de leur innocence, des jugements ont conclu à leur culpabilité sans que des preuves absolues soient présentées et alors que ces inculpés se déclaraient étrangers aux faits qu’on leur reprochait."

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"Dans la première de ces affaires, il s’agit de l’empoisonnement d’une enfant provoqué par un médicament imprégné de cyanure. Comme pour Marie Besnard, l’imprégnation du médicament est avérée : la josacine a bien été empoisonnée. Que cela soit le fait de Jean-Marc Deperrois demeure aujourd’hui contesté par ce dernier après qu’il ait purgé sa peine."

"Dans la seconde affaire, Edwige Alessandri est accusée de l’assassinat de son mari à leur domicile. Celle-ci nie, l’instruction n’a pas permis d’identifier le coupable avec certitude et l’« intéressée » n’avait aucune raison objective de commettre un tel crime ainsi que le documente son comité de défense."

"A ce stade, fin 2011, Edwige Alessandri demeure inculpée au terme de trois procès et a passé quatre ans et trois mois emprisonnée. Remise en liberté en 2010, elle continue de clamer son innocence."

"Le déroulement de ces affaires me conforte dans mon intime conviction qu’il est toujours préférable de laisser un possible coupable échapper à la justice plutôt que de prononcer la condamnation d’un possible innocent."

 

Textes entre guillemets extraits de l'Abécédaire d'un baby-boomer

 

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