Justice

2010 Populaires sans raison

Balance de la justice

 

"La justice est généralement représentée par une balance. Faudrait-il y voir le symbole de sa virtuosité à pencher brutalement d’un côté puis, très vite, tout aussi brutalement, de l’autre ?

 

C’est ce que pourrait laisser à penser l’étrange figure de bascule acrobatique opérée sous un même gouvernement et par une même Ministre de la Justice à quelques mois de distance en cette année 2010."

 

"Le 6 juin 2010, après avoir promis la suppression du juge d’instruction, c’est celle des jurys populaires aux Assises que le Ministère de la Justice annonce. Selon son porte-parole, cette mesure est devenue « absolument indispensable » car « personne ne peut se satisfaire d’avoir des délais d’attente aussi longs entre la fin de l’enquête et la phase de jugement. Pendant ce temps-là, l’accusé est en détention provisoire … ». "

"S’agissant aux Assises de la prise de décisions lourdes de conséquences pour les inculpés, n’est-il pas en effet salutaire de pouvoir compter sur des professionnels expérimentés dans le domaine de la justice ? Qui accepterait de subir une intervention chirurgicale réalisée par une équipe composée aux trois quarts de personnes ne disposant d’aucune connaissance et d’aucune pratique médicale , fussent-elles de bonne volonté et réputées populaires ?

Et du reste, en quoi les juges seraient-ils moins représentatifs du peuple que les personnes novices dont on les entoure ? Juges, ils sont aussi des citoyens, que je sache.

Une évolution positive vers plus de professionnalisme par conséquent."

 

"Mais un rebondissement d’importance survient le 10 septembre soit seulement trois mois plus tard : la presse annonce que le Président Sarkozy souhaiterait, aux dires d’un député de sa majorité, que « la présence des jurés ne soit pas diminuée dans les cours d’Assises mais au contraire introduite en Correctionnelle »."

"Le 12 février 2011, le souhait du Président s’étant mué en une nouvelle réforme, le porte-parole du Ministère de la Justice (que l’on a changé entre temps, tout de même) la justifie ainsi : « il est absolument nécessaire de renforcer le lien qui doit exister entre la population et l’institution judiciaire »."

"Dans une période de rigueur économique, on n’insiste pas trop sur les vingt millions d’euros annuels estimés nécessaires au financement de cette réforme, une somme qui aurait pu être consacrée à renforcer les effectifs de magistrats et de greffiers afin de procéder à la réduction (estimée « absolument indispensable » huit mois auparavant) des délais s’écoulant entre l’inculpation et le jugement … tout en minimisant quelque peu la dose d’irrationnel lors de ce jugement (le poids des « intimes convictions » de citoyens peu préparés à assumer des décisions de cette nature). "

Textes entre guillemets extraits de l'Abécédaire d'un baby-boomer

 

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