Cheval

1952 Animal de compagnonnage

 

" Au Locheur, hameau niché au creux de la vallée de l'Odon dans le Calvados ou je passe des vacances jusqu'au décès de la cousine qui nous y accueille (en 1953), le cheval fait, au sens propre, partie de la maison. Son domaine, les écuries et autres communs, occupe en effet une surface au sol plus importante que l'habitation proprement dite, laquelle maison bourgeoise est pourtant de dimensions respectables.

 

Photo carriole
Carriole dans l'esprit de celle de la cousine

 

Outre le cheval, l'écurie accueille deux attelages: une simple charrette en bois et une calèche plus huppée en forme de tilbury capable toutefois d'accueillir plus de deux personnes (la définition du tilbury ne dépassant pas cette capacité).

 

Avec la charrette, j'ai quelques vagues souvenirs de ballades dans le bocage avoisinant, mon père faisant office de cocher. Ma réminiscence de la calèche est plus vive car elle correspond à mon premier parcours en voiture à cheval après un long trajet en train jusqu'à Caen puis en autocar jusqu'à Noyers-Bocage, à trois kilomètres de notre destination.

 

La cousine, veuve qui doit alors être septuagénaire, fait appel à son «homme à tout faire» pour ce type de course mais le cheval n'a plus guère l'occasion de sortir au-delà de la première cour.

 

Carte postale
Carriole à Villers Bocage années 50

 

Les calèches de ce type sont alors nombreuses alentour. Au grand marché hebdomadaire de Villers-Bocage, à une dizaine de kilomètres, elles stationnent en épi le long de la «route de Bretagne» face aux commerces récemment reconstruits. On en verra jusqu'au début des années soixante voisiner avec les tractions et les dauphines.

 

 

Autre présence, épisodique celle-là, de chevaux de traction avec les roulottes des bohémiens et aussi, tout autant redoutée mais pour d'autres raisons, attelés au corbillard. Dans ce hameau qui ne compte guère que 180 habitants, un maréchal-ferrant continue à officier près de l'Odon. En revanche, selon mon souvenir, il n'y a tout de même pas de charron ni de bourrelier.

 

Cheval tractant

 

Bien entendu, on côtoie aussi des chevaux de trait dédiés aux travaux agricoles mais moins que dans le Perche, chez des amis de mes parents, petits agriculteurs qui travaillent en famille avec leurs deux filles. La ferme est modeste mais toutes les facettes de l'activité agricole y sont présentes. Les deux chevaux y sont donc mis à contribution tant pour la préparation des terres que pour les moissons. Ils échappent cependant au transport des personnes confié à une camionnette bâchée datant des années vingt puis à une C4 des années trente."

 

... 

"Le chef d'exploitation évoque souvent avec une pointe de jalousie un de ses collègues installé non loin de là, lequel est doté d'un tracteur. La mécanisation et plus spécifiquement l'usage de tracteurs ne date pas de l'après-guerre mais le plan Marshall d'aide aux pays sinistrés accélère grandement cette évolution.

 

 

Je pense qu'alors personne dans mon entourage n'imagine un remplacement rapide des compagnons de labeur par des tracteurs d'acier. Le remembrement des terres agricoles qui va permettre un meilleur accès à des machines de plus en plus volumineuses sera l'un des éléments facilitateurs de cette transformation profonde en quelques années du décor rural. "

Cheval tractant un chariot dans une mine

 

 

Dans les mines aussi, les chevaux accompagnent les hommes dans leur labeur.

Reportage de Pierre Tchernia dans une mine le 14 4 1955 RTF, 1 minute 45

Textes entre guillemets extraits de l'Abécédaire d'un baby-boomer

 

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