Vin

Grappes de raisin sur les colonnes du porche de l'église abbatiale Saint-Etienne de Marmoutier (Bas Rhin)
Grappes de raisin sur les colonnes du porche de l'église abbatiale Saint-Etienne de Marmoutier (Bas Rhin)

" En 2017, mon attention est attirée par les prix qu'atteignent certains grands châteaux, notamment du fait d'acquisitions par des investisseurs Chinois.

 

Consommateur très occasionnel de vin (comme de bière et de cidre), j'ai peu d'expérience personnelle à rapporter et cette chronique devra par conséquent plus aux lectures et investigations menées pour étancher ma soif … de connaissance.

Limitant mes chroniques – celle-ci incluse – à ma période de vie de baby-boomer, je dois néanmoins en préambule faire un retour sommaire sur ce qui l'a précédée.

 

Chacun connaît la dimension religieuse du vin avec les noces de Cana et la cérémonie de la communion («ceci est mon sang»), dimension qui a conduit à considérer que le vin n'est pas un alcool comme les autres. Cette différence, soigneusement entretenue par les professionnels de la filière, perdure aujourd'hui, même si la dialectique de convivialité tend à prendre le pas sur celle de religiosité.

Vendanges à Peyrolles (Bouches du Rhone) en 1962 (peu différent de 1862 ...)
Vendanges à Peyrolles (Bouches du Rhone) en 1962 (peu différent de 1862 ...)

Au 19ème siècle, le domaine de la vigne s'étend notablement, passant par exemple dans les Bouches du Rhône de 20000 hectares en 1820 à 45000 hectares en 1852.

 

Avec le développement des chemins de fer,les régions viticoles sont désormais en mesure de se confronter aux régions du Nord, domaines jusqu'alors privilégiés du cidre au Nord-Ouest et de la bière au Nord-Est. En 1874, la vigne française couvre 2 500 000 hectares, record historique.

Affiche : " le vin chaud, nous vaincrons en le buvant ! "

La consommation des Français s'envole passant de 84 litres par an dans la décennie 1830-1839 à 162 litres au début des années 1900. Cette moyenne masque des écarts énormes. Dans son ouvrage, Didier Nourisson affirme par exemple que les  les briqueteurs ingurgitent entre 3 et 4 litres par jour tandis que les forgerons  engloutissent jusqu'à 6 litres.

 

Avec la viande et le pain, le vin est devenu le principal poste de la dépense alimentaire.

 

Ce supposé remontant, généreusement distribué aux soldats de 14-18, est crédité d'une contribution décisive à la victoire. A l'armistice, le journal l'écho des tranchées affirme: «le vin est l'un des plus grands facteurs de la victoire».

Buvez du vin du midi
Propagande pour le vin dans les années 1930

 

L' Académie de Médecine n'est pas en reste en se déclarant en 1915 favorable à une consommation de 50 à 75 centilitres de vin par repas. Dans les années trente, l’État, pour sa part, crée un «comité national de propagande en faveur du vin», lequel dispense la bonne parole dans les écoles, distribuant des échantillons aux éducateurs et des bons points aux enfants. Simultanément, les subventions de l’État et des collectivités au mouvement antialcoolique sont amputées.

Publicité radiophonique pour le vin de Frileuse qui donne des globules rouges, combat la grippe, donne de l'appétit, 30 secondes.

Tel est le contexte qui précède la guerre et qui sera peu différent dans l'immédiat après-guerre, d'où le titre choisi pour la première étape: 1950, un litre, ça va ....

Le changement s'amorce à partir de 1956 (coup de gel).

 

L'arrivée du Beaujolais nouveau sera l'occasion de mon unique témoignage personnel dans mon quartier (le cinquième arrondissement de Paris) en 1965.

En 1991, la loi Evin amplifie la réglementation sanitaire engagée 35 ans plus tôt (cachez ce vin).

En 2015 enfin, alors que l'on réduit une nouvelle fois la portée de la loi Evin, la dive bouteille est soumise aux assauts de l'emballage en carton (divin carton).

Ce changement de conditionnement ne constitue que l'une des mutations ayant affecté le vin ainsi qu'on le verra à chaque étape de ce parcours dans le temps.

 

Pour illustrer cette évolution, j'ai choisi d'utiliser les informations contenues dans l'ouvrage de Christian Poitou, vignerons de l' Orléanais et du Gâtinais. Le Loiret est passé d'une production de vin «ordinaire» quantitativement importante à une production limitée mais avec des appellations contrôlées.  Nous observerons succinctement la progression de cette mutation à la fin de chaque étape.

 

Pour l'écriture de cette rubrique, les ouvrages suivants ont été consultés :

Histoire du vin, Jean-François Gautier, PUF Que sais-je? 1996

 

Le buveur du XIXème siècle, Didier Nourisson, Albin Michel 1990

 

Vignerons de l'Orléanais et du Gatinais, Christian Poitou, Christian Poitou éditeur 2008

 

Histoire sociale et culturelle du vin, Gilbert Garnier, Larousse 1998

 

La face cachée du vin, Laurent Baraou, Monsieur Septine, François Bourin éditeur 2010

 

Vino business, Isabelle Saporta, Albin Michel 2014

 

Textes entre guillemets extraits de l'Abécédaire d'un baby-boomer

 

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